1 January 0001 Newsletter IA & Éducation

Les Échos des Échecs — 20 ans de projets numériques publics français

Juillet 2025 — Analyse synthétique

TL;DR


Entre 2005 et 2025, la France a engagé plusieurs programmes numériques d’envergure qui n’ont pas tenu leurs objectifs. Cette édition synthétise les cas les plus emblématiques, identifie les causes récurrentes et propose recommandations pratiques pour éviter la répétition des mêmes erreurs.

1) Le triptyque emblématique (2000–2010)

Projet Louvois — solde militaire (2001–2013)

Office national de paye (ONP) — paye publique (2007–2011)

Cassiopée — justice (2001–2014)

2) Les « petits » géants (2010–2020)

Ces projets illustrent des erreurs récurrentes : phases d’étude faibles, ambitions disproportionnées par rapport aux moyens opérationnels.

3) IA et moteurs « souverains » — l’impossible souveraineté

Conclusion : sans modèle économique clair et sans traction utilisateur, la « souveraineté » reste théorique.

4) Leçons & indicateurs clés

Signaux d’alerte à surveiller : changement fréquent de direction, absence d’utilisateurs pilotes, gouvernance multi-acteurs sans arbitrage central, budget attribué sans étude de faisabilité.

5) Recommandations (prioritaires)


Ces recommandations sont issues des rapports de la Cour des comptes et d’audits parlementaires synthétisés ici pour aider à bâtir des pratiques plus résilientes. Si vous le souhaitez, je peux :

— Mustapha Alouani

Office national de paye (ONP) : l’ambition impossible

2007-2011

346 M€ → Arrêt total fin 2011

L’ambition : créer une paye unique pour 2,7 millions d’agents publics. La réalité : un projet arrêté après 4 ans et 346 millions d’euros dépensés, selon la Cour des comptes.

Gouvernance chaotique
Défauts conception

Cassiopée : 13 ans pour un demi-succès

Déconnexion avec le terrain

Le projet Cassiopée illustre parfaitement la déconnexion entre les ambitions techniques et les besoins réels des magistrats et greffiers. Le cahier des charges, trop ambitieux et constamment modifié, a conduit à une instabilité permanente du projet.

Les “petits” géants (2010-2020)

Échecs de moindre ampleur mais récurrents

Cour des comptes 2020 — Éducation nationale — 2012 — 26 M€ — Avis non conforme DISIC — Délais trop longs, risques budgétaires

Cour des comptes 2020 — Défense — 2012 — Non divulgué — Avis non conforme — Coûts et délais “peu soutenables”

Cour des comptes 2020 — Écologie — 2014 — 9 M€ — Abandon en phase conception — Périmètre flou, analyse de valeur absente

Cyclades (éducation)

Projet de gestion des examens abandonné après avis défavorable de la DISIC. 26 millions d’euros prévus pour des délais jugés “trop longs”.

Problème récurrent : planification irréaliste

Source (défense)

Système d’information militaire stoppé en 2012 pour coûts et délais “peu soutenables” selon l’expertise indépendante.

Pattern : sous-estimation systématique

GUL SI (écologie)

9 millions d’euros perdus dès la phase de conception faute de périmètre défini et d’analyse de valeur métier.

Leçon : l’importance de la phase d’étude

IA et moteurs souverains : le retour en grâce raté

Quaero (2008-2013)

Le projet de moteur de recherche européen concurrent de Google. 99 millions d’euros investis (OSEO + FUI) pour un arrêt faute d’adoption par les utilisateurs.

Consortium franco-allemand ambitieux

Source : Cour des comptes 2020 - Manque de traction utilisateur et financement public épuisé sans modèle viable.

Qwant (2013-…)

Le “Google français” financé par plusieurs tours Bpifrance et bénéficiaire du CIR. Malgré plus de 10 ans d’investissements, moins de 2% de part de marché en 2025.

Bilan après 12 ans

Source : Le Monde, mars 2023 - Difficultés financières persistantes malgré le soutien public.

Les projets d’IA éducative : Albert et Cécile

Albert (2020-2023)

Projet d’IA générative “made in France” financé par le CIR et les aides PIA. Objectifs initiaux retoqués par les instances, reprise partielle sous maîtrise d’ouvrage académique.

Ambitions vs réalité

Cécile (2021-2024)

Assistant pédagogique IA pour enseignants financé par le CIR et Bpifrance. Reprise académique après insuffisance du financement public pour l’échelle nationale.

Défis structurels

Pattern récurrent : la souveraineté impossible

Tous les projets de souveraineté numérique (Quaero, Qwant, Albert, Cécile) ont buté sur le même écueil : l’impossibilité de concurrencer les écosystèmes établis avec des budgets publics limités dans le temps.

Leçons transversales et indicateurs de risque

Fréquence des écueils (analyse de 9 projets)

Indicateurs quantitatifs d’échec

Délai initial ×2 ou plus 100%

Budget final > 2× l’estimation 78%

Turn-over chef de projet ≥ 3 67%

Analyse basée sur les rapports de la Cour des comptes et audits parlementaires

Défauts de conception

Absence d’étude d’impact métier 89%

Dépendance excessive prestataires 100%

Gouvernance multi-acteurs 78%

Constante universelle

Tous les projets analysés sans exception ont montré une dépendance excessive aux prestataires externes, révélant un manque d’expertise interne critique.

Facteurs communs d’échec

Top 6 des causes récurrentes

1. Périmètre trop ambitieux

Volonté de tout révolutionner d’un coup vs adaptation progressive

2. Maîtrise d’ouvrage morcelée

Multi-acteurs sans responsabilité unifiée ni arbitrage clair

3. Turn-over RH sans continuité

Changements de direction constants perturbant la vision projet

4. Cadre juridique & éthique absent

Négligence des contraintes RGPD, IA Act et réglementations

5. Absence de retour terrain

Aucune boucle d’apprentissage avec les utilisateurs finaux

6. Dépendance infrastructures étrangères

Projets “souverains” reposant sur des technologies tierces

Signaux d’alarme précoces

🚨 Alerte rouge
⚠️ Alerte orange
🔍 Surveillance

“Les échecs répétés ne sont pas dus aux personnes, mais aux méthodes.”

Conclusion transversale de l’analyse de 20 ans de projets numériques publics français

Méthodes

Ressources

Contrôles

Bilan et perspectives

20 ans d’échecs systémiques

Entre 2005 et 2025, plus de 1,2 milliard d’euros ont été engloutis dans des projets numériques publics français avortés ou largement ratés. Du triptyque Louvois-ONP-Cassiopée aux tentatives de souveraineté numérique avec Quaero et Qwant, les mêmes erreurs se répètent inlassablement.

Gouvernance morcelée et instable

Sous-estimation chronique de la complexité

Dépendance excessive aux prestataires

Vers une approche systémique

Ces échecs répétés ne relèvent pas de la fatalité mais de défauts méthodologiques structurels. L’analyse révèle des patterns récurrents qui pourraient être évités par une approche plus rigoureuse et des contrôles renforcés.

Recommandations prioritaires

Cette analyse s’appuie sur les rapports officiels de la Cour des comptes, audits parlementaires et sources publiques vérifiées. Newsletter “Les Échos des Échecs” – Juillet 2025

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